Une formation qui se réinvente
Il y a quelque chose de vertigineux à former quelqu'un pour un métier qui, dans quatre ans, ne sera plus tout à fait le même. C'est pourtant l'exercice auquel se livrent, chaque mois d'août, les bureaux d'architectes qui accueillent un·e apprenti·e.
Depuis la rentrée 2024, l'exercice a changé de règles. Les nouvelles prescriptions fédérales sur la formation des dessinateurs et dessinatrices CFC sont entrées en vigueur le 1er janvier 2024, et les premières volées les appliquent déjà. Première session d'examens selon la nouvelle mouture : été 2028. Autant dire demain.

L'AIJA a choisi de ne pas attendre cette échéance pour s'organiser. Voici l'essentiel.
Ce qui change vraiment
La réforme ne se contente pas de retoucher un programme. Elle change la manière de penser la formation.
Avant, on listait des connaissances à transmettre. Désormais, on décrit des compétences opérationnelles... ce que la personne doit être capable de faire, seule, dans une situation professionnelle concrète. Quatre grands domaines structurent l'ensemble :
élaborer des bases et des solutions ;
créer des modèles numériques et des plans ;
produire des visualisations et des maquettes ;
assister les responsables de projet.
La nuance paraît académique. Elle ne l'est pas : il ne suffit plus de restituer, il faut exécuter et justifier.
Le numérique entre par la grande porte

L'autre évolution saute aux yeux quand on lit le programme des cours interentreprises : la CAO 2D, puis la CAO 3D, puis les bases de la méthodologie BIM occupent désormais une place structurée dans le cursus. Pas en option, pas en bonus : au programme.
Ce n'est que la traduction pédagogique de ce que vivent nos bureaux depuis des années. Reste que l'écart entre les pratiques numériques d'un bureau à l'autre est parfois considérable... et c'est précisément là que les cours interentreprises jouent leur rôle : garantir un socle commun à toutes et à tous, quel que soit le bureau formateur.
Détail pratique, mais qui a son importance : un ordinateur portable personnel sera très probablement requis pour certains cours. Aucune décision pour l'instant mais à anticiper.
Six cours, vingt jours
Pour l'orientation architecture, le plan prévoit six cours interentreprises, soit vingt jours sur les quatre années :
CIE 1 — Bases (1re année, 3 jours) : dessin, croquis, construction à la main.
CIE 2 — Construction (2e année, 3 jours) : introduction à la structure CAO 2D.
CIE 3 — Pratiques de chantier (2e année, 4 jours) : processus, détails d'exécution, mise en pratique.
CIE 4 — Modélisation (3e année, 3 jours) : structure CAO 3D.
CIE 5 — Bases de la méthodologie BIM (3e année, 4 jours) : conception et planification virtuelles.
CIE 6 — Synthèse (4e année, 3 jours) : tout relier, tout mobiliser.
Tous ces cours se tiennent au semestre de printemps. Les dates définitives sont communiquées dès leur validation, et publiées sur la page Formation du site.
Deux semaines sur un chantier
Voilà sans doute la nouveauté la plus concrète... et la plus riche : chaque apprenti·e effectue désormais un stage de deux semaines sur un chantier, durant le 4e ou le 5e semestre de formation. Son organisation incombe à l'entreprise formatrice.
Deux semaines, c'est court. C'est aussi suffisant pour comprendre, physiquement, ce qu'un trait de coupe engage. Pour découvrir qu'un détail élégant sur écran peut devenir infernal à mettre en œuvre par moins cinq degrés. Pour croiser des métiers qu'on ne connaissait que par leur ligne au devis.
Aux bureaux formateurs : anticipez. Identifiez le chantier, calez les dates avec l'entreprise partenaire, fixez un ou deux objectifs d'apprentissage clairs. Et faites documenter le stage ; photos, croquis, notes. Ce matériau nourrira le dossier de formation, et plus tard l'examen.
Un examen final qui demande d'expliquer
La procédure de qualification a été redessinée. Elle repose sur quatre volets :
le travail pratique prescrit (16 heures, 50 % de la note),
l'examen écrit de connaissances professionnelles (4 heures, 15 %),
la culture générale (20 %)
et la note d'expérience (15 %, moyenne des huit notes semestrielles de connaissances professionnelles)
La réussite est acquise dès une note globale égale ou supérieure à 4.
Le travail pratique lui-même se décompose en trois volets :
élaboration de principes et de solutions (35 %)
création de modèles, plans et visualisations (40 %)
et un entretien professionnel de trente minutes (25 %)
Cet entretien mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agit plus seulement de produire un travail juste : il faut pouvoir en défendre les choix, à voix haute, devant des expert·e·s. C'est exigeant. C'est aussi profondément fidèle au métier... un projet d'architecture, ça se démontre autant que ça se dessine.
Et pour les volées précédentes ?
Rien ne change. Les personnes ayant commencé leur formation avant le 1er janvier 2024 l'achèvent selon l'ancien droit, pour autant qu'elles la terminent avant le 31 décembre 2029.
Ce que fait l'AIJA

Organiser les cours interentreprises de la région interjurassienne est l'une des missions historiques de l'association. Avec cette réforme, la mission s'élargit : il faut refondre les contenus, adapter les infrastructures, coordonner avec l'école professionnelle, et informer les bureaux formateurs.
Ce travail est en cours. Il se fait avec l'école professionnelle, avec la commission des cours, et avec les bureaux membres qui forment la relève. Nous publierons ici les étapes au fur et à mesure ; dates des cours, ajustements de programme, ressources pour les entreprises formatrices.
Une question, une remarque, une proposition ? Le secrétariat des cours est à votre disposition : cours@aija.ch
Former, après tout, c'est encore la meilleure manière de défendre un métier.



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